Les préjugés sur les enseignants


Les enseignantes et enseignants exercent une profession des plus exigeantes. Préparer l’avenir des jeunes et contribuer à l’essor de l’ensemble de la société française n’est pas une mince tâche. Trop souvent, les attentes à leur endroit sont démesurées et ne tiennent pas compte des véritables conditions dans lesquelles ils exercent leur profession.

Bien sûr, les enseignants trouvent des alliés dans la population : les parents. Pendant le confinement, ces derniers ont pu se rendre compte à quel point on ne s’improvise pas prof.

Pourtant, les préjugés ont la vie dure et l’on continue d’entendre ici et là que les profs ont trop de vacances, sont trop payés pour ce qu’ils font ou tout simplement qu’ils ne travaillent pas suffisamment.


Préjugé Numéro 1 :

Devenir enseignant le choix d'une vocation


L’enseignement n’est pas une vocation, mais bien une profession.


Transmettre est, de toute évidence, le plus vieux métier du monde. Le plus important pour l'avenir aussi.

Et, pour transmettre ainsi, il faut des professeurs.

La profession enseignante moderne répond à des responsabilités sociales fondamentales : instruire, éduquer et former des citoyennes et citoyens libres. En conséquence, cette passion que partagent ces enseignantes et enseignants mérite une reconnaissance réelle et concrète de la part de la société.

Si enseigner, donc transmettre peut être une vocation, le reste a côté sont des obligations.

La gestion d'une classe et la communication avec les élèves sont toujours très compliquées, même avec du métier. La discipline, les incivilités, la violence sont des questions auxquelles l'enseignant est confronté seul. Lors de la formation des maîtres, on insiste sur le contenu et la didactique, mais peu sur la communication qui mérite une plus grande place.


Préjugé Numéro 2 :

La sécurité de l'emploi


Ce n’est ni un luxe ni un privilège, mais un mécanisme qui permet de réduire l’arbitraire et l’exercice d’un chantage patronal quant au recrutement et au maintien en emploi. Le même pour chaque corps de métier et non exclusif au statut d'enseignant.

La sécurité d’emploi n’est un privilège pour personne, c’est un objectif à atteindre pour tous !


Préjugé Numéro 3 :

« Vous, les profs, quand la cloche sonne, votre journée est finie ! »


Saviez-vous que le travail des enseignantes et enseignants ne débute ni ne s’arrête au son de la cloche ? La présence en classe, si elle représente l’aspect le plus visible du travail, s’accompagne toutefois d’un ensemble de tâches pédagogiques et administratives.

Une fois la cloche sonnée, un tout autre travail débute donc pour le personnel enseignant, même s’il choisit de le poursuivre à la maison.

Avec l’alourdissement de la charge de travail, les enseignantes et enseignants voient la réalisation des nombreuses tâches empiéter sur leur vie personnelle, familiale et sociale. Leur vie s’organise de plus en plus en fonction de leurs responsabilités professionnelles et des besoins de leur employeur, au détriment de leurs propres aspirations et, parfois, de leur santé psychologique.


Corrections de copies, préparations de cours, réflexion de mise en place pédagogique, liens avec les parents, l'administration, les services sociaux .. réunions, conseil de discipline ...


Le corps enseignant jouit d’un nombre d’heures présentielles plutôt réduit. Un professeur certifié (comme moi) se doit de réaliser 18 heures hebdomadaires de cours auprès de ses classes, les heures sont considérées comme supplémentaires et payées en conséquence. Vu comme cela, effectivement, ces 18h/semaine peuvent sembler très confortables, pourtant la réalité est toute autre.


Ces 18 heures sont nécessairement accompagnées d’un temps de préparation. A cela, il faut ajouter les temps de correction de copies qui s’accumulent très facilement.

Pour vous donner un ordre d’idée : une copie simple me donne 20 mn de correction multiplié par 32 élèves. soit 640 mn par Evaluation, soit environ 10h de correction pour une classe! Corriger ce n’est pas mettre des traits pour barrer ou valider une réponse. C’est tenter de rentrer dans la tête de l’élève, de comprendre son raisonnement, d’essayer de voir ce qu’il a voulu dire derrière ses propos si ces derniers ne sont pas clairs. C’est commenter, proposer des conseils, rediriger vers la solution sans la donner.


Multipliez ce temps par le nombre d’élèves puis par le nombre de classes. J'ai 4 classes, et 6 matières donc je vous laisse faire le calcul à chaque évaluation.


Et les corrections de copies ne sont que la face émergée de l’iceberg. Être prof c’est aussi assister aux conseils de classe de ses élèves. Ces derniers n’ont lieu, j’en conviens, que trois fois par classe dans l’année mais cela nécessite en amont une préparation, surtout si l’on est professeur principal. Il faut réaliser les appréciations de chaque élève puis une synthèse en fonction des commentaires des collègues qui ont également la classe en charge, et devinez quoi ? Ca prend du temps.


Être prof, c’est aussi devoir se rendre à différentes réunions tout au long de l’année, à des heures souvent tardives pour permettre aux parents d’élèves de s’y joindre lorsqu’ils sont conviés, qu’ils s’agisse de commissions éducatives, de projets pédagogiques, etc…


Le moindre projet demande un temps considérable pour être mis en place dès l’instant que plusieurs acteurs de l’établissement sont mobilisés. Je peux également mentionner le temps de préparation qu’exige aujourd’hui une différenciation appuyée pour la conception d’activités et de cours pour les élèves à besoins particuliers (élèves dyslexiques, etc) qui nécessite donc une réflexion plus approfondie en compagnie des auxiliaires de vie scolaire et des personnes en charge de l’élève.

Je ne vais pas aller plus loin dans les détails, mais les 18h présentielles, elles sont de loin dépassées. Et les 35 heures hebdomadaires, si chères à nombre de politiciens, le sont également

Bref, tout ça pour dire que ces stéréotypes ne s’intéressent qu’à la partie visible du travail alors que la majorité se déroule en salle des profs ou chez soi. Personnellement, improviser 18 heures de cours par semaine, c’est pas trop mon truc, et je doute que ce soit faisable.


Préjugé Numéro 4 :

« Vous, les profs, vous pouvez réutilisez vos cours une année sur l'autres »


S’il y a bien un cliché qui m’échauffe les oreilles fortement, c’est bien celui-ci. C’est un cliché qui présente les professeurs comme des personnes peu soucieuses de ceux qui assistent à leurs cours, dont la réussite dépend d’eux.

Évidemment, chaque troupeau a ses brebis galeuses. Il existe bien évidemment des professeurs pour qui renouveler ses cours, remettre en question son apprentissage, retravailler certains aspects de ses activités/leçons est hors de question.

Très clairement, être professeur, c’est justement savoir se remettre constamment en question, comprendre ce qui marche ou non auprès des élèves, en prendre note et modifier voire reconstruire complètement une activité ou un chapitre si la sauce ne prend pas.

A titre personnel, je reprends une très grande partie de mes cours pour les modifier et corriger, chaque année est l’occasion de tester de nouvelles choses, donc de construire de nouveaux dispositifs du début à la fin et de les appliquer aux élèves, puis de passer à quelque chose d’autres l’année prochaine.


Mais de toute façon, le luxe de faire et refaire pendant des années les mêmes cours ne nous est même pas laissé puisque les programmes changent de manière très régulière et poussent généralement à une refonte complète du déroulement des cours, des activités, des évaluations, des supports utilisées,


Préjugé Numéro 5 :

« Vous, les profs, vous êtes tout le temps en vacances »

L’alourdissement de la tâche et l’accroissement des attentes envers les enseignantes et enseignants ont des effets indirects sur leurs vacances. D’une part, plusieurs d’entre eux renoncent à une partie de leurs vacances pour mettre à jour leurs préparations de cours en vue du retour en classe. D’autre part, ces exigences mettent la santé physique et psychologique des enseignantes et enseignants à rude épreuve.

Selon une étude de la FAE, plus de 50 % des enseignantes et enseignants présenteraient des symptômes d’épuisement professionnel. Par ailleurs, quelque 20 à 30 % des nouveaux enseignants quittent le métier dans les cinq premières années de pratique.

Les vacances sont essentielles pour les enseignantes et enseignants afin de prendre un temps d’arrêt pour recouvrer leur énergie.



Commençons par dire les choses : ce ne sont pas les enseignants qui ont des vacances, ce sont les élèves.


Préjugé Numéro 6 :

« Durant les journées pédagogiques, les profs sont en congé ! »


Les journées pédagogiques sont des journées de travail durant lesquelles les enseignantes et enseignants peuvent assurer le suivi de plusieurs tâches ? Qu’il s’agisse de préparer leur cours ou de faire leur correction, de rencontrer leurs collègues ou la direction pour faire le suivi de dossiers d’élèves, de mettre à jour leur recherche, de tenir des réunions ou même de participer à des formations, les journées pédagogiques demeurent un moment privilégié pour accomplir une multitude de tâches.


Convoqués à toutes sortes de rencontres ou de formations obligatoires, les enseignantes et enseignants se voient retirer peu à peu le temps et les disponibilités nécessaires aux tâches pédagogiques et administratives.

Les journées pédagogiques deviennent donc trop souvent un élément de plus qui vient alourdir leur tâche au lieu de leur laisser le temps nécessaire au suivi de leurs élèves.

Bien que les élèves soient en congé lors des journées pédagogiques, il s’agit d’une journée de travail pour le personnel enseignant.


Préjugé Numéro 7 :

"Tu profites des voyages et des sorties pédagogiques"

Toute activité, quelle que soit sa nature, engendre une surcharge de travail. Puisque l’enseignante ou enseignant doit s’occuper de tous les aspects de planification et d’organisation d’une activité, cette surcharge de travail se manifestera par une diminution du temps dédié à sa tâche pédagogique.

En cas d’absence, il devra en plus préparer du matériel pédagogique pour la personne remplaçante (travaux en classe, devoirs, etc.). Conséquemment, cela implique de la correction ou du rattrapage à son retour. Encore une fois, l’enseignante ou enseignant se retrouve dans un cercle vicieux où le temps manque et où il n’aura d’autre choix que de faire du bénévolat pour réaliser toutes ses tâches et assumer toutes ses responsabilités.

Même volontaires, les activités étudiantes ne devraient pas être bénévoles. Elles sont loin d’être une récompense ou une source de reconnaissance pour les enseignantes et enseignants. Elles constituent plutôt une surcharge de travail !

Préjugé Numéro 8 :

« Les enseignantes et enseignants dans les écoles privées sont meilleurs qu’au public. »


Les enseignantes et enseignants des écoles publiques ont les mêmes obligations, les mêmes compétences et répondent aux mêmes exigences à l’emploi que les personnes qui enseignent au secteur privé. Ils ont suivi la même formation, ont fait les mêmes stages et ont satisfait aux mêmes exigences pour obtenir leur brevet d’enseignement. Leur compétence est donc équivalente.

L’école publique a une mission universelle et doit soutenir la réussite de tous les élèves.

De plus, les parents associent souvent l’école privée à un meilleur encadrement, à de meilleurs programmes et à des enseignantes et enseignants chevronnés. Par conséquent, ils y voient une perspective plus grande de réussite pour leurs enfants. C’est toutefois faux : l’école publique offre une éducation de qualité à tous les élèves, sans discrimination. C’est plutôt le manque de services qui porte préjudice à l’école publique et à ses enseignantes et enseignants.

Les enseignantes et enseignants des écoles publiques sont aussi compétents que ceux des écoles privées, mais leurs conditions d’enseignement s’avèrent très différentes.

Voilà, cet article touche à sa fin. J’ai développé l’ensemble des points qui me tenaient à coeur, même s’il reste tellement de choses à aborder. Même si mon point de vue est partial, et marqué par une certaine colère et un ras-le-bol bien marqué (déjà) des remarques que la profession se prend, souvent sans fondement ou en appui sur des minorités décriées au sein même du corps enseignant, j’estime avoir présenté assez fidèlement nos conditions de travail


On demande de plus en plus aux enseignants d’être polyvalents, d’être un peu plus que ce pour quoi ils ont été recrutés à la base, entre professeurs, animateurs, pédagogues et accompagnateurs.

Cependant, les moyens dont nous disposons n’ont pas vraiment tendance à augmenter, bien au contraire.


N’hésitez pas à commenter cet article, donner votre avis, critiquer, etc. Toute intervention est la bienvenue !




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